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Il est temps par Dostena

June 16, 2017


 

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DOSTENA OU LA LANGUE D’UN AILLEURS

Personne n’est mieux placé pour nous faire redécouvrir notre langue que l’Étranger, celui qui vient de loin pour l’habiter, avec nous. Tel cet ami en visite, qui soudain nous fait découvrir des coins magiques de nos villes que l’on ne remarque plus, pris par l’habitude des trajets habituels. Ou comme l’Étranger du grand poète grec Yannis Ritsos qui   « vient extirper de nous un sourire », « attirer notre attention vers un ailleurs », à l’intérieur de nous-mêmes. Dostena vit en France depuis plus de vingt ans exerçant des métiers de l’écriture. Elle a certes fait de grandes études, dirigé des festivals littéraires en Grèce, en Égypte et en Bulgarie, traduit et écrit, côtoyé bien des ponces de la science du monde entier, mais sans jamais perdre de vue son enfance à Plovdiv, une ville – univers, parmi les plus anciennes d’Europe où Thraces, Grecs anciens et Romains ont laissé de profondes empreintes sur le corps de la civilisation européenne. L’Europe, surtout celle de l’Esprit, n’est pas le monopole des pays comme la France et l’Allemagne qui prétendent parfois incarner une sorte de couple de direction morale. Les peuples slaves, nordiques ou méditerranéens sont tout autant le berceau de cette grande culture humaniste, dont Dostena est une voix qui compte. Ce n’est qu’une pierre, oui l’homme aussi, une pierre qui s’est mise à croire coquillage qui s’est mis à filtrer la boue des astres, le sperme, le lait pour en faire dieux, héros, amis, histoire… pour en arriver là ? pour en arriver là !

En se confrontant aux grands enjeux du temps, présent, passé, à venir, la poétesse part consciemment à la reconquête de l’innocence pour protéger un coin du cœur, protéger l’enfant en elle, et en nous, seul capable de traverser Charybde et Scylla, capable de saisir en libérant la forme naissante – ce point qui ne cesse de fleurir…
Il y a chez les grands poètes cette tenace nature qui les oblige à ne pas exécuter leur enfance sur l’autel de l’ambition de devenir  « grands ». Chez Dostena, l’enfance est une voix intérieure qui se confie : Mère, j’ai vu les poètes traverser des murs ils paient à la sortie et ne demandent pas le prix je ne veux pas devenir comme eux déchirée à vivre corps entre des murs, je n’ai même plus de langue, qu’un souffle à mettre en gage. L’écriture française de Dostena, la Bulgare, c’est cela : des mots qui se rendent de manière inattendue dans une phrase, comme pour rejoindre une célébration païenne.

Il n’y a pas d’ennui ou d’habitude, le mot qui descend est toujours surprenant, même lorsqu’elle nous parle de sujets douloureux, ainsi la guerre commence à 16 heures, certaines entités ont des serrures à la place des yeux et nous rencontrons soudain une âme qui sent la chair. Même si la nostalgie, désir de retour chez soi, transparaît dans ses poèmes, elle dépasse l’horizon d’un destin personnel : « Écoutez Les horloges des corps » : « sept milliards de bombes à retardement qui savourent le temps restant ». Le temps qui reste à chacun, cette conscience devrait tous nous rendre plus humbles, rompre l’illusion de l’habitude d’exister sans vivre, accélérer notre transformation intérieure : « Cœur », dépêche-toi de te changer en papillon dans d’autres mondes avant que la nuit n’avale ta larve. Les métaphores de Dostena se suffisent à elles-mêmes. Pourtant, l’imagerie déployée dans ce livre par le peintre Valer rejoint leur rythme, danse avec elles. Peut-être parce que tous les deux, façonnés de la même terre, naviguent avec la même inspiration dans les voiles : ce vent portant qui n’a pas de freins.

Bon voyage !

Grégory HUCK, 16 mars 2017

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